Les 28 pouls de la médecine chinoise
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En médecine traditionnelle chinoise, prendre le pouls ne consiste pas uniquement à compter le nombre de battements par minute. Le praticien cherche également à déterminer comment le pouls se présente sous ses doigts.
1. Les 28 pouls de la médecine chinoise
Est-il superficiel ou profond ? Rapide ou lent ? Fort ou faible ? Glissant ou rugueux ? Long ou court ? Régulier ou interrompu ?
La tradition chinoise a progressivement développé un véritable vocabulaire tactile permettant de décrire ces sensations.
On retrouve notamment :
- Fu 浮, le pouls superficiel ;
- Chen 沉, le pouls profond ;
- Chi 迟, le pouls lent ;
- Shuo 数, le pouls rapide ;
- Shi 实, le pouls plein ;
- Xu 虚, le pouls vide ;
- Hua 滑, le pouls glissant ;
- Se 涩, le pouls rugueux ;
- Xian 弦, tendu comme une corde ;
- Hong 洪, qui évoque une grande vague.
Au total, la classification classique couramment enseignée comprend 28 qualités de pouls. Mais ces qualités ne fonctionnent pas comme 28 diagnostics indépendants. Un même pouls peut présenter plusieurs caractéristiques simultanément.
On peut par exemple percevoir un pouls profond, lent et faible.
C’est précisément l’association des caractéristiques, leur localisation et les autres signes observés qui permettent ensuite de construire une interprétation en médecine chinoise.
Apprendre les pouls consiste donc d’abord à développer un vocabulaire du toucher.
Avant de chercher ce que signifie un pouls, il faut apprendre à reconnaître ce que l’on ressent.
2. Cun, Guan et Chi : pourquoi trois doigts ?
Lorsque le praticien chinois examine le pouls radial, il place généralement trois doigts sur chaque poignet. Ces trois positions portent les noms de :
- Cun 寸 — le Pouce
- Guan 关 — la Barrière
- Chi 尺 — le Pied
L’index est placé sur Cun, le majeur sur Guan et l’annulaire sur Chi.
La position Guan constitue un repère important car elle se situe au niveau de la région de la styloïde radiale.
Mais la médecine chinoise ne s’intéresse pas uniquement à la position du pouls.
À chacune de ces zones, le praticien peut également modifier la pression exercée par ses doigts afin d’explorer différents niveaux de profondeur.
Il obtient ainsi une véritable cartographie tactile du pouls.
Les différentes positions sont traditionnellement mises en relation avec les fonctions des Organes et Entrailles de la médecine chinoise. Ces correspondances ont cependant connu des variations selon les textes, les périodes et les écoles.
Il faut donc éviter une lecture trop mécanique du type :
une position = un organe = une maladie.
La palpation du pouls repose sur une analyse beaucoup plus globale.
La position nous aide à comprendre où chercher. La qualité du pouls nous aide à comprendre comment le déséquilibre se manifeste.
3. Pouls superficiel et profond : quelle différence ?
La profondeur constitue l’un des premiers éléments observés lors de la palpation du pouls chinois. Imaginez que les doigts explorent progressivement plusieurs étages.
Au premier niveau se trouve Fu 浮, le pouls flottant ou superficiel. Il est facilement perceptible avec une pression légère ou modérée, puis tend à diminuer lorsque l’on appuie davantage.
À l’opposé se trouve Chen 沉, le pouls profond. Il est peu perceptible avec une pression légère et devient beaucoup plus clair lorsque le praticien augmente la pression.
Il existe encore plus profond : Fu 伏, le pouls caché. Celui-ci nécessite une pression très importante et peut parfois n’être perçu qu’en appuyant profondément vers l’os.
Une image permet de mémoriser facilement cette progression :
- Fu 浮 → à la surface
- Chen 沉 → au fond
- Fu 伏 → caché tout au fond
En médecine chinoise, la profondeur apporte notamment des informations sur le caractère externe ou interne du tableau observé. Mais elle ne doit jamais être interprétée seule. Un pouls profond et fort n’a pas la même signification qu’un pouls profond et faible. C’est l’association des différentes qualités qui construit progressivement l’interprétation.
4. Les grandes oppositions du pouls chinois
Mémoriser 28 qualités de pouls peut sembler difficile. Une méthode plus simple consiste à commencer par quelques grandes oppositions tactiles.
Profondeur
Fu 浮 — superficiel ↔ Chen 沉 — profond
Vitesse
Chi 迟 — lent ↔ Shuo 数 — rapide
Force
Xu 虚 — vide, sans force ↔ Shi 实 — plein, fort
Longueur
Duan 短 — court ↔ Chang 长 — long
Ici, « court » ne signifie pas que le battement dure moins longtemps. Il s’agit de la longueur sur laquelle le pouls est perceptible sous les doigts.
Texture
Hua 滑 — glissant ↔ Se 涩 — rugueux
Hua donne traditionnellement l’impression de quelque chose qui roule facilement sous les doigts, tandis que Se donne une sensation moins fluide, plus difficile. Ces oppositions permettent de construire une première grille mentale :
Où est le pouls ? À quelle vitesse bat-il ? Est-il fort ? Quelle longueur occupe-t-il ? Quelle sensation donne-t-il ?
Une fois cette structure maîtrisée, les qualités plus particulières deviennent beaucoup plus faciles à reconnaître et à mémoriser.
Le diagnostic par le pouls commence donc moins par la mémorisation de dizaines de maladies que par l’apprentissage méthodique des sensations.
